Communiqué du syndicat des médecins généralistes

Rapport de la Cour des Comptes – Médicament-France.
source : Le syndicat des médecins généralistes
Un rapport de la Cour des Comptes, c’est important, on en parle dans la presse et au parlement…Un rapport qui parle des comptes sociaux de la nation, plus encore. Sujet sensible. La semaine passée, les commentateurs n’ont pas manqué, comme d’habitude, de désigner les prescripteurs comme responsables de l’évidente dérive…
Dès les premières pages du chapitre de ce rapport sur le médicament (Chapitre IV), cependant, l’aveu est lâché : Non, le nombre de lignes de prescriptions n’augmente pas en France sur les vingt dernières années. C’est clairement le prix par ligne de prescription qui augmente ! Et qui donc fixe les prix des médicaments en France ?
Trente six milliards d’euros, c’est le budget « médicament » annuel en France, dont 27 milliards remboursés par l’assurance maladie. Si l’on tient compte du fait que le prix moyen des médicaments à augmenté deux fois plus vite que l’inflation sur la même période(1), on comprend que plus de discernement dans les AMM* accordées à des médicaments « me-too* » et une fixation des prix basée uniquement sur des considérations de santé publique et des niveaux d’ASMR* correctement évalués, auraient permis des économies considérables.
Au regard du peu de vraies innovations médicamenteuses dans les vingt dernières années, des politiques de santé publique cohérentes auraient permis des économies de plusieurs milliards d’euros même s’il est clair que les vraies innovations thérapeutique sont chères : elles sont rares et de surcroît ne concernent ces dernières années que de petits nombres de patients, hélas.
Une récente thèse de MG(2) montre clairement à quel point le lobbying de l’industrie pharmaceutique tient les rennes des agences sanitaires chargées d’éditer les recommandations de pratique médicale, à quel point les leaders d’opinion du monde médical sont également contrôlés largement par les firmes. Ajoutez à cela une absence de vision de la santé publique dans l’action de l’Etat et une opacité du processus de fixation des prix des médicaments remboursables, tous les ingrédients d’une augmentation démesurée du budget médicaments sont réunis. Non, les Médecins ne sont pas les seuls à être ciblés par le marketing des industriels du médicament.
Pourquoi alors mettre en première ligne de mire les prescripteurs ? « Ils prescrivent trop, ils prescrivent mal, il faut les encadrer, il faut dé-rembourser les « petits médicaments » du soin de premier recours, il faut transférer plus de charge sur les assurances complémentaires pour décharger l’assurance maladie solidaire »…
Et pourquoi ne faudrait-il pas réviser les AMM de médicaments aux marchés très profitables mais qui n’apportent rien à la santé publique comme le sont certains anti-inflammatoires soi-disant modernes, certains anti- hypertenseurs qui n’ont de « nouveau » que le nom, certains médicaments hypo-lipémiants dont les indications ont été indûment élargies, certains médicaments pour les patients déments dont il est clairement démontré que leur balance bénéfice-risque est défavorable au regard d’une efficacité minime ou inexistante ? La liste est longue de ces médicaments pour lesquels rien ne justifie un prix élevé, tant leur usage même est peu défendable !
Les Médecins Généralistes sont d’autant moins enclins à accepter d’être mis en cause pour expliquer la dérive des dépenses médicamenteuses en France, qu’ils savent bien n’être pour rien dans cette gabegie : Ils savent ne rien retirer de la manne financière que ce budget représente, eux qui n’ont que très exceptionnellement des liens d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique. Ils savent bien également que cinq milliards économisés sur ce budget pour être affectés à leur donner des moyens pour exercer mieux, leur permettraient de moderniser leurs cabinets et d’embaucher du personnel pour améliorer la qualité du service rendu à leurs patientèles. Ils savent en outre que c’est à leur niveau, au niveau de la Médecine de proximité, du premier recours, qu’on peut améliorer le niveau de santé de la population.
L’investissement nécessaire et urgent dans les soins de proximité, il est évident qu’on peut le faire sans dépenser un sou de plus si on ferme courageusement le robinet des prébendes et des trafics d’influence qui enrichissent un petit nombre au dépends de la santé de tous !
Les Médecins Généralistes ne peuvent accepter d’être mis à l’index de la société d’une manière aussi injuste, arbres cachant une forêt de profits indus de quelques « happy-few ».
Les Médecins Généralistes vont prendre à témoin la population de ce mauvais procès qui leur est fait et qui au-delà des MG, atteint bien évidemment les malades !
IL faut que cela cesse et à l’heure du choix du prochain Président de la République, il conviendra que les candidats se positionnent clairement sur ce sujet.
Dr JC Nogrette.
Président de MG Limousin
(1) Rapport de la Cour des Comptes de septembre 2011, « La Sécurité Sociale » chapitre IV, Le Médicament, p 111 et suivantes.
(2) Thèse de Médecine Générale du Dr L.A.Delarue, publiée en 2011.
AMM : autorisation de mise sur le marché, pour les médicaments et dispositifs médicaux.
ASMR : amélioration du service médical rendu par les nouveaux médicaments, noté de 1 à 4 selon que le médicament est un grand progrès ou un progrès mineur. La note est délivrée par la Haute Autorité de Santé. L’immense majorité des ASMR reconnues sont des ASMR 4 traduisant le peu de progrès thérapeutique dans les dernières années.
Me-too : anglicisme de signification littérale évidente : pour les médicaments, il s’agit de pseudo-nouveautés dont la principale utilité est d’élargir un marché saturé sous le masque d’une nouveauté factice.

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