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« La part des salaires est stable depuis vingt ans et remonte un peu depuis quelques années », affirment depuis quelques mois le Medef et certains dirigeants de l’UMP. La part des salaires est restée « plutôt stable » confirme Jean-Philippe Cotis, patron de l’Insee dans son dernier rapport. Étonnante conception de la stabilité, car selon le mode de calcul, elle a en fait diminué de 3 à 5 points, soit 60 à 90 milliards d’euros quand même !

Mais surtout, ce quils oublient de dirent, cest que la part des salaires a baissé de 11% depuis 1982 (source source : Insee – OFCE). La baisse de la part des salaires a été très forte dans les années 80 puis a nettement ralenti depuis le début des années 90 sans jamais se stabiliser et sans jamais remonter.

 

 

Aujourdhui, la part des salaires dans le PIB n’a jamais été aussi faible. Cette année, c’est quelques 200 milliards d’euros qui vont aller au capital alors qu’ils seraient allés aux salariés et aux budgets de l’état et de la sécurité sociale si la répartition retrouvait l’équilibre de 1982. 200 milliards d’euro, c’est 700 euros brut par mois, en moins, pour chaque salarié de France (hauts salaires inclus).

Quant à la soi-disante « stabilité » globale de la part des salaires depuis vingt ans, elle cache un accroissement considérable des inégalités au sein des salariés : le nombre de salariés payés en dessous du SMIC n’a jamais été aussi important (12% de la population) mais, en huit ans seulement, le revenu des 0,01% les mieux payés a augmenté de 51%. La part des salaires qui remonte selon le Medef et l’UMP, c’est uniquement la part de la minorité des salariés les mieux payés. Pour la majorité des travailleurs, « la croissance des salaires nets, pendant cette même période, est extrêmement faible ». Pendant que linflation grimpait, 85 % des salariés, voire plus, ont vu leurs revenus stagner alors que les 5 % les plus aisés raflaient la mise.

200 milliards d’euros de perte pour les salaires sur une seule année !
Il ne faut pas s’étonner que les bénéfices explosent. 200 milliards d’euros, voilà qui pourrait améliorer nettement la situation d’un grand nombre de familles et aurait permis déviter la crise actuelle.

2 • Pas assez de travail pour tout le monde
Un problème de partage du temps de travail

horlogeLe chômage de masse n’est pas dû à la mondialisation, pas plus que sa solution ne se trouve dans « la croissance ». La France n’a jamais été aussi riche et nous sommes déjà les champions de la productivité.

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Depuis 30 ans, la France produit 76% de plus avec 10% de travail humain en moins. La révolution technologique (les robots, les ordinateurs) et le bon niveau de qualification des salariés creusent l’écart entre l’offre et la demande de travail. Et en même temps, grâce au baby-boom et grâce au travail des femmes, la population active a augmenté de 23% mais la durée légale du temps travail na pas changé. On lit et on entend partout que « la France est passée à 35heures » mais, en réalité, en multipliant les « assouplissements », la droite a réussi à annuler quasiment toute la baisse due aux 35heures. Selon l’Insee, la durée réelle d’un temps plein est de 41h en moyenne.
Cette mauvaise gestion de la productivité exclu 5 millions de personnes qui font 0 heure par semaine (les chômeurs), et met la pression sur les salaires des 19 millions qui travaillent plein pot (parfois trop) et des 4 millions à temps partiel, en CDD ou en intérim (à mi-temps sur l’année).

La réduction du temps de travail est une réalité dans tous nos pays qui vont en moyenne vers 30 heures par semaine. La durée moyenne du travail (tous emplois confondus) est de 29,9 heures aux Pays-Bas, et de 33,7 heures aux Etats-Unis. Dans tous nos pays, on a amélioré la productivité, dans tous nos pays, on a besoin de moins de travail pour produire plus. La question est de savoir si on y va par de la précarité, comme aux Etats-Unis ou au Japon, ou par un mouvement bien négocié.

En un siècle, on est passé de 7 jours de travail, à 6 jours, puis de 6 jours à 5, alors que la productivité augmentait assez peu. Maintenant que nous vivons une révolution de la productivité, comment justifier le refus de passer à 4 jours ?
3 • Le mythe de la croissance-solution-à-la-crise
Un problème de pourrissement social

icon_graphContinuer à attendre le retour de la croissance est dramatique. Vu les gains de productivité réalisés chaque année, on sait qu’il faut 2,5 ou 3% de croissance pour que le besoin de travail augmente dans l’économie. Mais l’évolution de la croissance a suivi la même baisse constante depuis 40 ans dans toute l’Europe et le taux de croissance moyen qu’a connu la France depuis 2001 (1,6 % seulement) est exactement le même pour l’ensemble de la zone euro. Celle-ci est entrée une récession depuis 2009. Le serpent se mord la queue : on compte sur la croissance pour sortir de la crise sociale, mais comme la croissance n’est pas au rendez-vous, la crise sociale s’aggrave et la croissance ralentit encore

Miser sur une intervention massive de l’État en faveur des milieux d’affaires (au détriment des salaires et aux frais des contribuables) dans lespoir du retour de la croissance, c’est faire le choix du pourrissement social et risquer l’effondrement, comme on le voit au Japon. « Le Japon est un exemple qui montre les dangers d’une politique de relance basée sur l’offre. Dans le cas du Japon, au lieu de revigorer la croissance, elle a dangereusement fragilisé le malade et l’a plongé dans une stagnation sans issue. C’est pourtant la voie que reprend Nicolas Sarkozy avec ses plans de relance », constate lenvoyé spécial Bruno Birolli.

La croissance n’est pas la solution. Dire cela, ce n’est pas avoir une attitude « antiprogrès », comme on l’entend parfois. C’est au contraire intégrer pleinement le progrès technique dans notre vision du monde et admettre que nos modes de vie actuels ne sont absolument pas durables. Notre niveau de consommation dépasse très largement les capacités de renouvellement des écosystèmes quant à notre modèle économique, il creuse les inégalités.
La récession actuelle est le résultat du pourrissement social provoqué (volontairement ou non) par tous ceux qui, depuis trente ans attendent le retour de la croissance. Elle doit être l’occasion de repenser nos modes de production, de consommation, de déplacement et de rééquilibrer le partage salaires/bénéfices en créant 2 millions d’emplois afin de diviser pas deux le chômage et relancer les négociations salariales.